Cibler les adventices grâce à des caméras embarquées et une application buse à buse

 
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Programme R&D Corteva-Berthoud

Corteva a engagé un programme de R&D avec le constructeur de pulvérisateurs, Berthoud et la startup Carbon Bee, pour ne traiter dans une parcelle, que les mauvaises herbes réellement présentes. Un outil qui devrait être bientôt disponible contre les chardons dans les betteraves et le maïs, et les rumex sur prairies.

« L’histoire a démarré en 2017, par une rencontre avec la startup française Carbon Bee, un des leaders mondiaux de la reconnaissance d’adventices via une caméra, explique Mathieu Vaisset, responsable marketing service chez Corteva. L’évolution de la réglementation et les menaces qui pèsent sur certaines molécules utilisées en plein, nous ont poussé à prendre le taureau par les cornes et à mettre tout en œuvre pour rendre opérationnel très rapidement cette possibilité offerte par les nouvelles technologies ». Corteva et Carbon Bee se sont alors rapprochés du constructeur de pulvérisateurs Berthoud, ensemble, les trois partenaires ont monté un programme de Recherche & Développement qui porte aujourd’hui ses fruits.

Un traitement buse à buse
La technologie consiste à installer une caméra à l’avant du pulvérisateur ou du tracteur, et plusieurs caméras tout le long de la rampe à raison d’une pour 3 m. Au fur et à mesure de l’avancement du pulvérisateur, les images sont analysées et les ronds d’adventices reconnus dans la culture, grâce à l’intelligence artificielle. Une fois la mauvaise herbe recherchée identifiée, le pulvérisateur déclenche un traitement buse à buse, à l’emplacement précis de l’adventice, sur une largeur de 50 à 70 cm.

Validé sur chardons et rumex
« Avec notre partenaire Berthoud, nous testons la technologie depuis trois ans sur plusieurs cultures et plusieurs adventices, précise Mathieu Vaisset. A ce jour, le dispositif fonctionne bien sur chardons dans des betteraves et du maïs, avec des produits à base de clopyralid. Nous avons élargi nos tests à d’autres cultures de printemps cette année, comme le lin textile. Nous obtenons aussi de bons résultats sur les rumex dans les prairies ». Les trois partenaires travaillent sur d’autres couples adventice-culture, notamment sur la reconnaissance des chardons dans les céréales et des liserons des champs dans le maïs.

Trois intérêts majeurs
« Les essais montrent que les chardons sont en général présents sur seulement 5 à 10 % de la surface du champ, remarque le responsable de Corteva. Ce qui réduit de 80 à 90 % la quantité d’herbicide utilisée. En plus des avantages économiques et sur l’environnement, le traitement localisé pourrait à l’avenir nous permettre de déplafonner les doses ou d’élargir les plages d’emploi de produits menacés par l’évolution de la réglementation ». Le fait de localiser l’application, permet aussi de limiter l’incidence des produits sur la culture en termes de sélectivité ou de résidus par exemple.

Sous forme de prestation de service
« L’investissement dans le jeu de détecteurs et les dispositifs de modulation buse à buse, qui peut dépasser 50.000 € en fonction de la largeur du pulvérisateur, peut paraître démesuré pour des fermes individuelles, reconnait Mathieu Vaisset. Nous travaillons donc avec notre partenaire Berthoud pour rendre ces technologies accessibles au plus grand nombre. Nous sommes ainsi en train d’étudier la possibilité de proposer ce service aux agriculteurs en prestation de service avec pour objectif d’être trois fois gagnants : pour les agriculteurs, disposer d’une solution qui ne revienne pas plus cher qu’un traitement en plein tout en étant aussi efficace, pour les ETA, au travers d’outils et services dédiés qui facilitent leur travail et rentabilisent leur investissement et pour les filières, en termes d’effets positifs pour l’environnement et pour la culture. Je suis convaincu que nous sommes dans le domaine de l’application des produits phytosanitaires, à l’aube d’une véritable révolution ».