Les rumex

 
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Les rumex

Par Lionel Barbalonga, malherbologue chez Corteva Agriscience

Les rumex (Rumex spp.) sont des plantes de la famille des polygonacées comme la rhubarbe, le sarrazin et les renouées.  Ils sont qualifiés d’« adventices herbacées pluriannuelles », plutôt que de « vivaces ».

Les rumex se multiplient à la fois par voies végétative et sexuée.

Par la voie végétative : issues d’une souche en forme de pivot fourchu, les pousses se développent à partir de bourgeons périphériques à l’aisselle des feuilles. La plante forme ainsi une multitude de rosettes qui s’unissent. En grossissant, la souche éclate et donne des individus indépendants, d’où la tendance à assimiler les rumex à des vivaces.

Par la voie sexuée : la plante produit un grand nombre de graines, 3 000 à 60 000 selon l’espèce. Après la floraison, les graines sont rapidement viables et peuvent garder leur capacité de germination pendant 50 ans (faible TAD - 40 %). Les graines peuvent d’ailleurs germer toute l’année, à l’exception des mois d’hiver.

Présents presque toute l’année
Des rumex peuvent donc faire leur apparition tout au long de l’année, soit dès l’automne par la germination des graines, soit au printemps, par la croissance de pousses végétatives à partir des souches.
En polyculture élevage, les rumex colonisent de nouvelles parcelles, véhiculés par les apports de fumier. Les graines ont la particularité de résister aux sucs gastriques des animaux.

Identification
Il est important de bien identifier les rumex, pour mettre en place la bonne stratégie de lutte.

Au stade plantule : la plante est glabre et les cotylédons elliptiques. La présence d’un ochréa s’observe dès la 1ère feuille. Il est difficile de différencier les espèces à ce stade.

La jeune plante : elle possède des feuilles pétiolées et alternes. La rosette se forme dès l’apparition des premières feuilles. Les feuilles font leur apparition de façon enroulée dans la gaine. On dit qu’elles sont en « forme de cigare ». Le limbe est souvent ponctué de tâches rouges.

La plante adulte : on distingue les unes des autres, les espèces les plus connues, sur feuilles vraies à partir de trois éléments : la taille de la plante, le point d’insertion du pétiole à la base du limbe et la forme du limbe.

Le genre Rumex comporte de nombreuses espèces, les plus connues appartiennent aux groupes des parelles et des oseilles.


Sur l’ensemble du territoire français

Tous les rumex issus de ces deux groupes sont nitrophiles et on en trouve sur l’ensemble du territoire français. 
En grandes cultures, nous rencontrons principalement les Rumex obtusifolius, R. crispus et R. acetosella ; Rumex acetosa ne se rencontre qu’après retournement de prairie ou une défriche.
Rarement présent en grandes cultures, Rumex pulcher (Rumex élégant) est fréquent dans la vigne et en arboriculture fruitière en région PACA.

La stratégie de lutte en céréales à paille
Les rumex sont présents dans les céréales toute l’année. A l’automne, la germination des graines perturbe la levée de la culture. Au printemps, fréquent en grand nombre, le rumex est très nuisible pour les céréales. Pour contenir les rumex, la lutte doit s’envisager sur le long terme et combiner agronomie et produits efficaces.

Plusieurs leviers agronomiques, peuvent être mis en œuvre avec une certaine efficacité pour contrer le développement des rumex :

  • La rotation n’a pas d’effet direct sur les rumex car les grandes cultures ne sont en général pas capables de les concurrencer. Mais des cultures dites « étouffantes » comme le ray gras italien, le seigle, l’avoine et la luzerne peuvent limiter leur développement.
  • La date de semis des céréales d’hiver n’a pas ou peu d’influence sur les infestations de rumex.
  • Chez les éleveurs, un compostage du fumier à une température supérieure à 55-60°C détruit les graines.
  • Le travail du sol est à la fois efficace dans la lutte contre les rumex mais peut aussi favoriser leur développement
    • Le labour détruit les souches mais l’enfouissement des graines permet de reconstituer le stock de semences.
    • Les techniques culturales simplifiées favorisent l’implantation durable des souches mais détruisent les jeunes pousses.
    • Le meilleur compromis est un travail du sol pendant l’interculture, uniquement avec des outils à larges dents, pour remonter à la surface du sol, les souches et les racines. L’agriculteur peut profiter de la période de sec pour provoquer le dessèchement des vieux rumex, des repousses et des nouvelles germinations.

La lutte chimique
Le recours à un herbicide est l’un des moyens les plus efficaces pour détruire les rumex. L’application doit être réalisée à la période la plus sensible du rumex, au stade dit « cigare ».

Ce stade correspond à dernière feuille enroulée autour de la hampe florale.

On pourra notamment utiliser des solutions à base de fluroxypyr (Kart™,  Sekens ™, Starane Gold™, Starane™ 200) qui sont très efficaces à la fois contre les rumex de semis, les jeunes rumex et les rumex bien implantés. Les applications tardives ne compromettent en aucun cas l’implantation des intercultures, ni des colzas dans le courant de l’été. Pour une action en profondeur, la dose minimale de fluroxypyr conseillée, sera de 180 à 200 g/ha de fluroxypyr en application seule, et de 100 à 150 g/ha de fluroxypyr en association.