Les liserons

 
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Mot du malherbologues : les liserons

Par Lionel Barbalonga, malherbologue chez Corteva Agriscience

Les liserons sont des vivaces de la famille des convolvulacées que l’on rencontre dans toutes les cultures. Ils font partie des dicotylédones les plus dynamiques pour coloniser un milieu cultivé, mais aussi les plus difficiles à contrôler.

Les liserons les plus courants sont les liserons des champs et les liserons des haies. Ces deux espèces sont très nuisibles dans les cultures car elles disposent d’une capacité à conquérir très rapidement la surface du sol, par leur caractère traçant et la volubilité de leur appareil aérien. C’est aussi parce qu’elles peuvent survivre très aisément, grâce à leurs modes de reproduction à la fois végétative par rhizomes et drageons, et par production de graines. Enfin les liserons des champs et liserons des haies prennent facilement le dessus quand ils entrent en compétition avec d’autres espèces, par leur vitesse de croissance et leur pouvoir allélopathique (ils libèrent des substances qui gênent le développement d’autres plantes).

Comment identifier les liserons

La seule espèce qui peut être confondue avec les liserons, est la renouée liseron (Fallopia convolvulus). Pour les différencier, la renouée liseron est une plante annuelle alors que les liserons sont des vivaces. La renouée liseron se reconnaît par la présence à la base de chaque pétiole, d’un ochréa, manchon membraneux qui entoure la tige, mais aussi, au stade plantule, par ses grands cotylédons elliptiques, et à la floraison, par ses fleurs petites, blanches et regroupées.

Liseron des haies, fréquent dans le maïs
Pour contenir les infestations de liserons dans les cultures, le fait de connaître leur biologie peut être un atout.

Présent essentiellement dans les cultures de printemps ou d’été, le liseron des haies apprécie les sols humides, frais et riches en azote. Il est fréquent en monoculture de maïs et en rotation courte de tournesol. On le rencontre aussi dans certaines régions dans les parcelles de lin fibre et de betteraves où il peut surtout entraîner des difficultés à la récolte.

La germination des graines débute en avril et se prolonge jusqu’en juin.  Les rhizomes font leur apparition quasiment en même temps. La floraison dure tout l’été et la maturation des graines s’échelonne d’août à novembre. Une plante peut produire jusqu’à 500 graines.

Dès le développement des plantules, les liserons des haies disposent d’une forte capacité à envahir les parcelles. Les bourgeons apparaissent rapidement en donnant de longues tiges aériennes de plusieurs mètres. Ces tiges retournent dans le sol en période de jours courts, dès les premiers froids. Elles sont à l’origine du premier système rhizomateux qui donnera plus tard une colonie. L’année suivante, les nouvelles pousses peuvent provenir de ces rhizomes mais aussi des racines qui ont passé l’hiver en profondeur dans le sol. 

Les infestations de liseron des haies peuvent affecter directement le rendement des cultures. Elles peuvent aussi être source de nuisibilité indirecte. Le caractère volubile des tiges peut provoquer des problèmes à la récolte : ralentissement des chantiers ou casse de matériel, présence d’impuretés et d’humidité, ou encore mauvaise conservation des grains.

Liserons des champs, favorisé par le nom travail du sol
Le liseron des champs peut coloniser toutes les cultures, même s’il préfère les sols neutres à basiques. Il résiste bien à la sécheresse. Les rotations courtes et la simplification du travail du sol favorisent son développement.

Le liseron des champs est une parfaite illustration de la capacité de survie des espèces. Comme le chardon des champs, il dispose d’une vie souterraine profonde et complexe, et ses racines et drageons conjuguent leurs effets pour assurer la multiplication de la plante et le maintien d’une bonne réserve nutritive.

La multiplication de l’espèce est assurée au printemps, à la fois par des germinations échelonnées de graines proches de la plante mère, et par l’émergence de drageons, dès que la température atteint 12-13°C.

La floraison débute en juillet et la maturation des graines à partir du mois d’août pour s’échelonner jusqu’aux premières gelées. Une plante peut produire 500 graines, capables de persister longtemps dans le sol.

Rapidement après la germination, les bourgeons cotylédonaires et axillaires se développent en donnant de nombreuses tiges.

Des racines horizontales se forment à partir du pivot, et vont permettre l’initiation de bourgeons. Ils seront à l’origine de drageons qui donneront de nouvelles pousses l’année même ou l’année suivante. Lorsqu’une pousse meurt, elle est aussitôt remplacée par une nouvelle sortie de drageon.

Le liserons des champs est très nuisible aux cultures, surtout aux cultures de printemps. Il entre directement en compétition avec elles, par la gêne physique qu’il occasionne, notamment en période de sècheresse. Il peut aussi perturber indirectement le développement de la culture, par son caractère allélopathique.

Raisonner la stratégie de lutte
Les leviers agronomiques pour lutter contre les liserons restent limités.

Seul le travail du sol pendant l’interculture avec des outils à dents permet de dessécher racines, rhizomes et drageons à la surface du sol, et peut ainsi compléter le désherbage chimique.

Mais attention, la multiplication végétative peut redémarrer à partir du moindre morceau viable de l’appareil racinaire, et le travail du sol ne permet pas d’atteindre les racines qui se sont développées en-dessous de la zone travaillée.

La lutte chimique
La lutte chimique est l’un des seuls moyens efficaces pour détruire le liseron. Seules les interventions sur pousses développées présentent une bonne efficacité.

La destruction des liserons des champs est délicate, notamment dans les cultures de printemps, tournesol, betteraves, soja et maïs. Dans les céréales à paille, les solutions à base de clopyralid associé (Chardex, Effigo) donnent de bons résultats.

La lutte contre le liseron des haies est un peu plus facile. Les solutions à base de fluroxypyr associé (Starane Gold/Kart) présentent une bonne efficacité pour les éliminer dans les céréales à paille et le maïs. Ces solutions ont aussi l’avantage de présenter une bonne sélectivité vis-à-vis de la culture, une largeur de spectre intéressante notamment contre les flores difficiles et émergentes, et le libre choix à la culture suivante ou intermédiaire (CIPAN, CIVE, etc. …).